Culture Numérique

Culture numérique : entre difficultés d’une définition et mise en œuvre d’une politique éducative

Voici quelques mois, l’équipe de la DANE de Dijon a commencé à s’interroger sur une clarification de ses missions en partant de la base même:

« Qu’est-ce que le numérique éducatif ? »

Nous avons réussi à tirer de nos échanges un condensé, qui résume en quatre piliers ce que représente le numérique éducatif pour nous.

Au regard de cette typologie, nous avons alors tenté de voir dans quelle(s) catégorie(s) pouvaient se ranger nos actions menées au quotidien.
Si dans nos missions, il paraît assez souvent évident que nous mettons en œuvre et formons aux compétences numériques spécifiques, si ce numérique est assurément un levier pédagogique ou un moyen d’action au quotidien, aucune ou presque de nos actions n’a spécifiquement pour objet de travailler sur les éléments de la culture numérique.
Il existe bien, et nous y attachons beaucoup d’importance, des dispositifs concernant l’EMI : concours de blog, formations, webinaires… mais rien qui soit spécifique à cette rapide évolution des cultures à l’échelle mondiale qu’ont suscité et que continuent de faire évoluer, ces technologies.
La notion même de culture numérique nous est rapidement apparue comme un sujet de débats, certes passionnants, mais difficile à faire vivre spécifiquement à travers des actions en direction des enseignants et des élèves.

Alors comment faire ?

Comment alors, faire vivre cette notion de culture numérique ? Comment, malgré les difficultés à la définir dans un cadre qui puisse la contenir, faire saisir aux élèves les spécificités de cette culture, à la fois dans ses singularités mais aussi dans la continuité avec l’histoire qui la précède ?

Des pistes :

Pluralité et plasticité

Tout d’abord, il est rapidement apparu que sous l’appellation Culture numérique se cachait une multitude d’évolutions touchant à toutes les sphères de la vie sociale : politique, arts, médias, éducation, moyens de communication, transports, production, loisirs… On trouve assez facilement des exemples de ce que le numérique a pu faire évoluer ces trente dernières années dans nos rapports à tous ces aspects de nos vies.
Cette culture numérique est d’autre part très mobile et évolue très vite : un nouvel outil entraînant la création de nouveaux codes culturels partagés par de nouvelles communautés d’utilisateurs. Il est donc difficile de définir d’un trait et de manière intuitive la culture numérique.

Rupture ou continuité ?

Space Invaders in Avignon, France. Public domain commons.wikimedia.org

La culture numérique n’est pas, d’autre part, apparue ex-nihilo. Elle est le fruit d’une maturation (souvent rapide certes) faite sur les réseaux, grands melting-pots culturels, formidables machines à recomposer l’existant, pour le recréer. Le goût des internautes pour la satire, le détournement ou la dérision se traduisent par exemple souvent dans les mèmes1 et autres gifs animés largement partagés sur les réseaux sociaux qui parfois se déclinent et débordent dans la vie hors ligne comme par exemple l’apparition d’illustrations de ‘space invaders’ sur les murs des villes.

Ainsi, les acteurs « traditionnels » de la culture que sont l’édition papier, le cinéma, la musique etc. se sont trouvés depuis vingt ans, face à une culture du partage (et souvent de la gratuité des contenus) et de la réutilisation qui a très largement contribué à redéfinir les modes de fonctionnement de ces industries et à faire émerger de nouveaux modèles économiques (par exemple le film Noob financé par crowdfunding2). Cette culture a imposé des modes de production et de diffusion tout à fait nouveaux (on peut penser à l’arrivée fracassante de nouveaux acteurs comme Netflix ou Amazon avant lui).
Les acteurs de la culture patrimoniale, ont également su prendre un virage numérique et aujourd’hui, nombreuses sont les institutions culturelles présentes sur les médias sociaux pour valoriser leurs offres numériques : bibliothèques, musées, …
Il n’y a donc pas forcément rupture (ou disruption pour employer un terme à la mode) mais une certaine continuité et un enrichissement de l’offre culturelle en même temps qu’une évidente tension entre l’offre culturelle préexistante et les évolutions incessantes et variées de notre culture.

Ramener le débat sur le terrain éducatif

La question principale qui nous anime reste néanmoins celle du terrain éducatif. Quelles pourraient être les voies à emprunter pour construire une éducation de l’ensemble des acteurs éducatifs – et des enfants dont ils ont la charge – à cette mutation des paradigmes culturels classiques ? Comment structurer un enseignement qui puisse prendre en compte, dans la transdisciplinarité et au-delà des enseignements de spécialité, la nécessaire acculturation des jeunes générations à ces problématiques nouvelles ?

Il existe bien des actions déjà menées avec beaucoup d’énergie et de succès et dont nous avons déjà parlé. Mais plus que de réponses déjà établies, nous aimerions ouvrir le débat avec les professeurs et les personnels d’éducation qui nous lisent.
Nous vous proposons donc d’ouvrir, dans les mois à venir, une série d’articles sur cette culture numérique. Sans chercher à apporter des réponses définitives, nous nous efforcerons d’y engager le débat, de faire un état des lieux de ces tensions qui animent ces évolutions. Mais surtout, nous proposerons des pistes pédagogiques, des idées d’activités, des ressources, des sujets de recherches pour les professeurs et les élèves, des actions à mener en classe ou hors classe.
Peut-être est-ce en engageant ce vaste débat avec vous, que nous pourrons avancer dans une direction mieux définie ? N’est-ce pas aussi une part de ce qu’a apporté le numérique ? Une plus grande souplesse dans des collaborations d’autant plus riches qu’elles sont plus inclusives ?

 

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