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Erasmus+ : retour d’expérience. Quelques idées pour la formation continue des professeurs et les pratiques numériques en classe.

J’ai récemment eu la chance de participer à une mobilité internationale en Lettonie grâce au programme Erasmus +. J’ai ainsi été accueilli au Jelgava State Gymnasium ainsi qu’au Jelgavas Spidolas State Gymnasium avec mes collègues Emmanuelle Fiquet, Jean-Philippe Rignault qui enseignent en section Euro au Lycée de Toucy.

Ce projet de mobilité avait comme objectifs principaux :

  • L’observation d’un système éducatif différent du système français ;

  • La prise de contact avec des partenaires locaux pour de futurs projets et partenariats internationaux.

J’aimerais donc partager avec les lecteurs de ce blog certaines de mes observations.

Utilisation du numérique en classe

Première surprise : le numérique ici est une évidence ! Je n’ai pas assisté à un seul cours pendant lequel un ou plusieurs outils numériques n’ont pas été utilisés.

Le cadre juridique est visiblement facilitateur pour les professeurs comme pour les élèves : pas d’identification sur un réseau d’établissement, pas de frein à l’utilisation du smartphone du professeur ou des élèves (qui s’en servent en classe sans restriction d’ailleurs sans incident notable). Les échanges passent tous par Internet sans filtre au niveau du réseau local.

Une petite flotte de tablettes et d’ordinateurs est disponible et connectée au Wi-Fi de l’établissement pour être prêtée aux élèves qui n’auraient pas de téléphone ou préféreraient utiliser le matériel de l’école.

J’ai ainsi pu assister à différents activités qui ponctuent les cours : quiz d’évaluation formative sur Quizzlet, Socrative ou Kahoot, documents collaboratifs complétés collectivement sur Google Drive (sans authentification), bilan du cours partagé, correction des exercices envoyées sur WhatsApp … Il ne s’agit pas ici de faire la promotion de ces outils mais plutôt de remarquer une chose : l’utilisation de ces outils est de toute évidence devenue banale à la fois pour les élèves comme pour les professeurs. Tous ont su développer des compétences avec ces outils qui n’ont absolument pas remplacé le cours traditionnel mais l’ont fait évoluer de manière assez radicale.

On observe une complémentarité des outils traditionnels et des outils numériques, les activités s’enchaînent de manière extrêmement souple.

Activités et échanges au sein de la classe

Le professeur occupe dans la classe une position très différente de celle, centrale, qui lui est traditionnellement dévolue. De manière assez surprenante, le cours se déroule d’une manière qui pourrait laisser penser que les élèves ne sont pas attentifs – chacun échange de manière assez libre avec son voisin (on a même vu quelques petits messages papiers en forme d’avion voler d’une table à l’autre !) – il n’en est rien. Les questions du professeur trouvent à chaque fois une réponse et le travail s’effectue bel et bien mais de manière assez individuelle entre le professeur et celui qui est interrogé. Nous n’avons que peu observé de questions posées à toute la classe qui auraient pu trouver une réponse donnée à toute la classe.

Ainsi, le rapport entre le professeur et la classe, traditionnel et le plus répandu dans notre système éducatif, est-il largement supplanté par un rapport plus individualisé et plus direct entre le professeur et chaque élève. Lorsque l’un prend la parole, les activités de groupe continuent sans que tous forcément, écoutent la réponse donnée (par le professeur ou par l’élève). Mes collègues français et moi-même nous sommes d’ailleurs prêtés au jeu de l’animation d’un cours en Anglais. Le fait d’interroger collectivement les élèves a eu un effet très déstabilisant et a rencontré un assez net refus de cette modalité de travail. La même activité proposée en travaux de groupe a donné de bien meilleurs résultats, tant dans la qualité des réponses que dans le rapport élèves-professeur et dans l’ambiance de classe. Ces groupes s’organisent très rapidement, sans chahut et se mettent à travailler à l’oral sans que le niveau sonore ne devienne intolérable.

Pour ce qui est d’une mise en commun et de la vérification des acquis de la classe (de manière collective donc), les outils numériques dont j’ai déjà parlé sont des outils précieux pour les enseignants puisqu’ils permettent ce moment de bilan. Les outils de test de type Socrative ou Quizzlet permettent cette vérification en quelques minutes, laissent une trace et surtout permettent l’analyse par le professeur des résultats des élèves : Quels sont les points qui ont posé problème ? Comment comprendre un taux d’échec important sur un point précis ? Comment y remédier ?

Objectifs d’apprentissage, travaux de groupe et méta-cognition

J’ai pris le temps d’échanger sur ces observations avec Agita, professeur d’Anglais, notre hôte et organisatrice du séjour.

Elle a mis en place dans sa classe ce processus de manière systématique. Au cours de chaque séance, les élèves sont évalués ou s’évaluent entre pairs. Par exemple, lors d’un travail sur un document collaboratif, les groupes tournants sont amenés à porter un regard critique sur les productions du groupe précédent. La critique s’exerce sur les travaux de chacun avec un certain naturel et la classe parvient à un document final de bonne qualité. Il servira de trace écrite et reste disponible en ligne pour tous les élèves.

De la même manière, en fin de séance, les élèves vont mener une réflexion collective de quelques minutes sur quelques questions simples :

  • Quels étaient les objectifs de la séance ?

  • Quelles stratégies individuelles ou stratégies de groupe avons-nous mis en place pour y parvenir ?

  • Quelles ont été les stratégies les plus efficaces pour mener à bien le travail ?

Si je devrais expliquer la leçon d’aujourd’hui à un ami, que devrais-je dire ?

On oblige ainsi les élèves à prendre un recul systématique sur les apprentissages du jour, à les appréhender avec la distance nécessaire à une certaine maîtrise.

Politique de formation continue des enseignants

En plus de sa mission d’enseignement, Agita assure également un rôle dans la formation initiale et continue de ses collègues. Elle a pris le temps, ainsi que son équipe de direction, de m’expliquer un des axes forts de leur politique de formation continue.

Une partie de la formation continue s’organise de manière interne à l’établissement. Cette formation a d’abord pour principe l’observation et l’évaluation par les pairs. Chaque professeur s’engage ainsi à ouvrir sa porte autant que nécessaire afin d’accueillir ses collègues qui peuvent venir observer ses pratiques, s’inspirer mais aussi et surtout échanger ensuite sur ses observations.

L’équipe de direction nous a également fait part de son implication dans cette politique de formation. Elle assigne des objectifs à chaque professeur, l’accompagne pour qu’il puisse les atteindre : en facilitant l’observation des pairs, en proposant un programme de formation adapté à chacun avec des objectifs explicites, en facilitant les échanges entre professeurs.

Ainsi, la progression de chaque enseignant dans ses pratiques professionnelles devient un élément central dans l’exercice professionnel collectif. Lors de nos différentes visites, nous avons ressenti une véritable aisance des professeurs et des élèves vis-à-vis de notre présence qui semblait donc parfaitement normale.

Pour conclure

Le portrait est évidemment plutôt flatteur et il faut prendre -nous aussi- un peu de recul sur ces observations. Les habitudes locales, le mode de sélection des élèves, les moyens humains disponibles… font bien des différences avec un établissement français lambda.

Néanmoins, des idées fortes sont intéressantes et méritent une attention toute particulière notamment sur l’organisation du travail des élèves dans la classe ou l’organisation d’une politique de formation coordonnée et cohérente à l’échelle de l’établissement. Les résultats sont remarquables, tant dans le niveau des élèves que dans la qualité de vie de chacun dans l’établissement.

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